Et si une grande partie des microplastiques présents dans l'eau échappait encore à la méthode européenne utilisée pour les mesurer ?
Depuis 2024, l'Union européenne dispose d'une méthodologie harmonisée pour mesurer les microplastiques dans l'eau destinée à la consommation humaine. Mais cette méthode est limitée aux particules dont la taille est comprise entre 20 µm et 5 mm.
Or, une étude française publiée en 2025 et menée par des chercheurs du CRBE et de Géosciences Environnement Toulouse a obtenu un résultat particulièrement intéressant : 98 % des microplastiques détectés dans les échantillons analysés mesuraient moins de 20 µm.
Autrement dit, la fraction majoritaire observée dans cette étude se situait sous le seuil inférieur de la méthode européenne actuelle.
La nouvelle directive européenne 2026/805, adoptée le 30 mars 2026, marque parallèlement une nouvelle étape dans la surveillance des microplastiques dans les eaux européennes. Mais attention : contrairement à ce que son rapprochement avec l'eau potable pourrait laisser penser, elle n'instaure pas aujourd'hui une nouvelle limite réglementaire de microplastiques dans l'eau du robinet.
Pour les particuliers, les collectivités, les établissements recevant du public et les professionnels de la restauration, l'enjeu est donc d'abord de comprendre ce que l'on mesure aujourd'hui, ce que l'on ne mesure pas encore et comment cette surveillance pourrait évoluer dans les prochaines années.
Directive européenne 2026/805 : que change-t-elle réellement ?
La directive (UE) 2026/805 du Parlement européen et du Conseil a été adoptée le 30 mars 2026 et publiée au Journal officiel de l'Union européenne le 20 avril 2026.
Elle modifie plusieurs textes fondamentaux de la politique européenne de l'eau concernant notamment les eaux de surface et les eaux souterraines.
Son objectif dépasse largement les seuls microplastiques : elle actualise la surveillance de différents polluants et contaminants émergents présents dans l'environnement aquatique.
Pour la première fois, les nouvelles règles prévoient explicitement l'intégration des microplastiques dans les listes de vigilance concernant les eaux de surface et les eaux souterraines, dès lors que des méthodes de prélèvement et d'analyse suffisamment fiables et économiquement applicables seront disponibles.
La directive demande à la Commission européenne d'identifier ces méthodes au plus tard le 1er décembre 2027.
Le texte reconnaît également un lien direct avec l'eau potable : les eaux de surface et souterraines constituent des ressources utilisées pour produire de l'eau destinée à la consommation humaine. La directive rappelle que les microplastiques ont été identifiés comme un risque potentiel pour la santé humaine, tout en précisant que davantage de données de surveillance sont nécessaires avant de pouvoir confirmer la nécessité de fixer des normes de qualité spécifiques dans les eaux de surface et souterraines.
Les États membres devront transposer la directive dans leur droit national au plus tard le 21 décembre 2027.
Il serait donc incorrect d'affirmer qu'une nouvelle « norme microplastiques de l'eau potable » est entrée en vigueur en 2026. Ce qui change, c'est la place donnée aux microplastiques dans la surveillance européenne des ressources en eau et la préparation d'un cadre analytique plus complet.
Comment mesure-t-on actuellement les microplastiques dans l'eau potable ?
Pour comprendre l'enjeu, il faut revenir à un autre texte européen : la décision déléguée (UE) 2024/1441 de la Commission.
Adoptée en mars 2024, elle établit une méthodologie harmonisée permettant de mesurer les microplastiques dans l'eau destinée à la consommation humaine.
Le principe consiste notamment à faire passer un volume important d'eau à travers une cascade de filtres, puis à analyser les particules collectées grâce à des techniques de microscopie et de microspectroscopie vibrationnelle telles que le µ-FTIR ou le µ-Raman.
Le protocole impose un échantillonnage d'au moins 1 000 litres d'eau. Les particules sont ensuite caractérisées selon leur taille, leur forme et la nature du polymère.
Mais la méthodologie comporte une limite essentielle : elle concerne les particules comprises entre 20 µm et 5 mm. Pour les fibres, la plage prévue commence également à 20 µm en longueur et s'étend jusqu'à 15 mm.
La classification européenne des particules commence ainsi par la catégorie :
- 20 à moins de 50 µm ;
- 50 à moins de 100 µm ;
- 100 à moins de 300 µm ;
- 300 à moins de 1 000 µm ;
- 1 000 à moins de 5 000 µm.
Les particules inférieures à 20 µm ne sont donc pas comptabilisées par cette méthodologie harmonisée.
Pourquoi le seuil de 20 µm pose-t-il question ?
C'est ici qu'une étude française publiée en 2025 apporte un éclairage particulièrement intéressant.
Des chercheurs du Centre de recherche sur la biodiversité et l'environnement (CRBE) et de Géosciences Environnement Toulouse, unités associant notamment le CNRS, ont développé une méthode permettant de détecter des microplastiques à partir de 1 µm.
Ils ont analysé dix marques d'eau en bouteille ainsi qu'un échantillon d'eau du robinet prélevé à Toulouse.
Les concentrations mesurées variaient de 19 à 1 154 microplastiques par litre selon les échantillons. Dix-sept types de polymères ont été identifiés.
Mais le résultat le plus important pour comprendre la réglementation actuelle concerne la taille : 98 % des microplastiques détectés mesuraient moins de 20 µm.
Ils se situaient donc sous le seuil inférieur de la méthode européenne définie en 2024.
Cette donnée doit néanmoins être interprétée correctement.
Elle ne signifie pas que « 98 % des microplastiques présents dans toute l'eau potable française échappent à la réglementation ». L'étude portait sur un nombre limité d'échantillons : dix marques d'eau embouteillée et un échantillon d'eau du robinet à Toulouse.
Elle montre en revanche quelque chose d'essentiel : lorsque l'on améliore la capacité à observer des particules plus petites, une fraction importante jusqu'alors non comptabilisée peut apparaître.
20 µm, 1 µm, 0,1 µm : de quelles tailles parle-t-on ?
Les micromètres sont difficiles à se représenter.
Un micromètre, ou µm, correspond à un millième de millimètre.
Une particule de 20 µm mesure donc :
20 µm = 0,020 mm.
Une particule de 1 µm :
1 µm = 0,001 mm.
Et 0,1 µm correspond à :
0,1 µm = 0,0001 mm, soit 100 nanomètres.
Cette différence d'échelle est fondamentale lorsqu'on parle de mesure comme de filtration.
Un protocole capable de caractériser des particules de plusieurs dizaines de micromètres n'apporte pas automatiquement d'informations sur celles qui mesurent quelques micromètres. Et le raisonnement devient encore plus complexe lorsque l'on descend vers les particules nanométriques.
Une eau conforme peut-elle contenir des microplastiques non comptabilisés ?
Oui, et c'est précisément pour cela qu'il faut distinguer conformité réglementaire et absence totale d'une substance ou d'une particule.
Une méthode analytique définit ce qu'elle cherche, comment elle le mesure et dans quelle plage elle est capable de produire un résultat harmonisé.
Si la méthode européenne actuelle de mesure des microplastiques commence à 20 µm, elle ne permet pas de conclure que les particules plus petites sont absentes. Elles se situent simplement en dehors de la plage couverte par cette méthodologie.
C'est un principe que l'on retrouve pour de nombreux contaminants : l'amélioration des techniques analytiques permet progressivement de rechercher des substances ou des tailles de particules qui étaient auparavant beaucoup plus difficiles à caractériser.
La directive 2026/805 s'inscrit justement dans cette logique de progression des connaissances. Elle prévoit que les microplastiques rejoignent les listes de vigilance des eaux de surface et souterraines lorsque des méthodes adaptées seront disponibles.
Microplastiques et nanoplastiques : quelle différence ?
Le terme « microplastique » recouvre lui-même une plage de tailles extrêmement large. Lorsqu'un fragment devient encore plus petit, on entre progressivement dans le domaine des nanoplastiques, selon les définitions scientifiques ou réglementaires utilisées.
Plus la taille diminue, plus leur analyse devient techniquement complexe.
C'est également pour cette raison qu'il faut être prudent lorsque deux études annoncent des concentrations très différentes dans l'eau potable. Elles n'ont pas nécessairement recherché les mêmes tailles de particules ni utilisé les mêmes méthodes analytiques.
Une étude limitée aux particules supérieures à plusieurs dizaines de micromètres peut logiquement trouver beaucoup moins de particules qu'une méthode capable de descendre jusqu'à 1 µm.
Comparer deux chiffres sans regarder leur seuil de détection peut donc conduire à des conclusions trompeuses.
Votre système de filtration traite-t-il aussi les particules inférieures à 20 µm ?
Cette évolution des connaissances pose également une question très concrète : que signifie réellement l'affirmation « filtre les microplastiques » ?
Deux systèmes peuvent annoncer agir sur les microplastiques tout en ayant été conçus ou évalués sur des plages de tailles très différentes.
Pour comparer sérieusement des technologies, plusieurs questions sont donc utiles :
- quel est le seuil de filtration annoncé ?
- ce seuil correspond-il à une taille nominale ou absolue ?
- quelles technologies sont utilisées ?
- sur quelles tailles de particules les performances ont-elles été évaluées ?
- dans quelles conditions de débit et de pression ?
- les performances sont-elles documentées par des essais ?
Le simple mot « microplastiques » ne suffit donc pas à comparer deux équipements.
Et il faut éviter le raisonnement inverse : ce n'est pas parce qu'un filtre possède un seuil physique inférieur à la taille d'une particule que l'on peut automatiquement lui attribuer un pourcentage précis d'élimination pour toutes les familles de microplastiques et de nanoplastiques.
Pourquoi FLX Water travaille à une échelle bien inférieure à 20 µm
Chez FLX Water, la filtration repose notamment sur des fibres creuses calibrées à 0,1 µm, associées à une technologie d'électro-adsorption et à du charbon actif haute densité selon les solutions.
À titre de comparaison purement dimensionnelle, 20 µm est 200 fois plus grand que 0,1 µm.
Cette comparaison permet de comprendre pourquoi la taille des particules doit être prise en compte lorsqu'on choisit une technologie de filtration. Elle ne doit toutefois pas être interprétée comme la démonstration d'un taux d'élimination de 100 % de tous les microplastiques ou nanoplastiques.
Une performance précise sur une catégorie de contaminants doit être établie dans des conditions d'essai définies.
Pour les particuliers, la FLX Compact permet de traiter l'eau de manière centralisée à l'arrivée du logement. Elle combine filtration haute précision à 0,1 µm, électro-adsorption et charbon actif, sans électricité ni ajout de produits chimiques.
Pour les besoins professionnels et collectifs nécessitant des débits supérieurs, FLX Water dispose également de solutions de traitement dimensionnées pour ces usages.
Collectivités et restauration : pourquoi regarder dès maintenant sous les 20 µm ?
Pour une collectivité, un établissement recevant du public, un restaurant, une cantine ou un hôtel, la directive 2026/805 ne crée pas aujourd'hui une obligation d'installer un filtre capable de retenir les microplastiques inférieurs à 20 µm.
Il serait donc incorrect de présenter un changement d'équipement comme une obligation réglementaire découlant directement du texte.
En revanche, l'évolution européenne donne une indication intéressante sur la direction prise par la surveillance de l'eau.
La directive reconnaît explicitement que davantage de données sont nécessaires concernant les microplastiques. Elle prévoit leur intégration aux listes de vigilance des eaux de surface et souterraines lorsque des méthodes suffisamment fiables seront disponibles et demande à la Commission d'identifier ces méthodes au plus tard le 1er décembre 2027.
Pour les gestionnaires, cela peut justifier une démarche d'anticipation : connaître dès maintenant les caractéristiques réelles des équipements installés, les tailles de particules sur lesquelles ils agissent et les essais qui permettent de documenter leurs performances.
Il ne s'agit donc pas d'anticiper une obligation dont le contenu n'est pas encore fixé, mais d'éviter de découvrir tardivement que la caractérisation d'un équipement repose sur une définition trop large du terme « microplastiques ».
Cette démarche peut être particulièrement pertinente lors du renouvellement d'une installation ou de la conception d'un nouveau projet de traitement de l'eau.
2026, 2027, 2030 : quelles sont les prochaines étapes européennes ?
Plusieurs dates permettent de comprendre la trajectoire réglementaire.
2024 : la décision (UE) 2024/1441 établit une méthodologie harmonisée pour mesurer les microplastiques dans l'eau destinée à la consommation humaine. Elle couvre actuellement les particules de 20 µm à 5 mm.
30 mars 2026 : adoption de la directive (UE) 2026/805.
20 avril 2026 : publication de la directive au Journal officiel de l'Union européenne.
1er décembre 2027 : échéance fixée à la Commission pour identifier des méthodes de prélèvement et d'analyse fiables et économiquement applicables permettant l'intégration des microplastiques aux listes de vigilance des eaux de surface et souterraines.
21 décembre 2027 : date limite de transposition de la directive 2026/805 par les États membres.
La directive prévoit également des échéances en 2030 pour certains programmes de mesures relatifs à de nouveaux polluants des eaux. Mais cela ne signifie pas qu'une nouvelle limite réglementaire spécifique aux microplastiques dans l'eau potable entrera automatiquement en vigueur en 2030.
À ce jour, il serait donc prématuré d'annoncer un « nouveau seuil microplastiques » pour 2029 ou 2030.
La trajectoire est néanmoins claire : l'Union européenne cherche à produire davantage de données, à harmoniser les méthodes et à mieux caractériser cette pollution avant d'éventuelles étapes réglementaires supplémentaires.
Le véritable enjeu : savoir ce que l'on mesure… et ce que l'on ne mesure pas encore
L'arrivée des microplastiques dans la politique européenne de surveillance des eaux constitue une évolution importante. Mais l'un des enseignements les plus intéressants ne vient peut-être pas d'une nouvelle valeur limite : il vient de la confrontation entre les méthodes disponibles.
D'un côté, la méthode européenne harmonisée pour l'eau potable commence actuellement à 20 µm.
De l'autre, une étude française capable de descendre jusqu'à 1 µm a constaté que 98 % des microplastiques détectés dans ses échantillons étaient inférieurs à 20 µm.
Ce résultat ne permet pas de généraliser cette proportion à toute l'eau potable européenne. Mais il montre pourquoi la définition du seuil de mesure est essentielle lorsque l'on parle de microplastiques.
Pour les consommateurs comme pour les professionnels, la bonne question n'est donc plus simplement : « mon eau contient-elle des microplastiques ? »
Elle devient aussi : quelles tailles de particules avons-nous réellement recherchées ?
Et lorsqu'il est question de traitement : quelles tailles de particules la technologie utilisée est-elle réellement conçue et documentée pour traiter ?
Questions fréquentes
La directive européenne 2026/805 impose-t-elle une limite de microplastiques dans l'eau potable ?
Non. Elle renforce notamment le cadre de surveillance des eaux de surface et souterraines et prévoit l'intégration des microplastiques aux listes de vigilance lorsque des méthodes de prélèvement et d'analyse adaptées seront disponibles. Elle ne fixe pas actuellement une nouvelle concentration maximale de microplastiques dans l'eau du robinet.
Pourquoi parle-t-on d'un seuil de 20 µm ?
La méthodologie harmonisée définie par la décision européenne 2024/1441 couvre les particules de 20 µm à 5 mm. Les particules inférieures à 20 µm ne sont donc pas comptabilisées dans cette méthode.
Est-il vrai que 98 % des microplastiques de l'eau potable font moins de 20 µm ?
Une étude française publiée en 2025 a effectivement observé que 98 % des microplastiques détectés dans ses échantillons étaient inférieurs à 20 µm. Mais elle portait sur dix marques d'eau embouteillée et un échantillon d'eau du robinet à Toulouse. Ce chiffre ne doit donc pas être généralisé à l'ensemble de l'eau potable française ou européenne.
Un filtre à 0,1 µm filtre-t-il automatiquement tous les microplastiques ?
Un seuil de 0,1 µm se situe très en dessous du seuil de 20 µm de la méthode européenne actuelle. Cependant, la taille nominale d'une filtration ne suffit pas à établir à elle seule un taux précis d'élimination de toutes les catégories de microplastiques et nanoplastiques. Les performances doivent être documentées par des essais adaptés.
Les collectivités et restaurants doivent-ils changer leur filtration avant 2027 ?
La directive 2026/805 n'impose pas une telle obligation. Elle peut en revanche inciter les gestionnaires à vérifier les caractéristiques et les performances documentées de leurs installations afin d'anticiper l'amélioration progressive des méthodes de surveillance.
Sources
-
EUR-Lex – Directive (UE) 2026/805 du Parlement européen et du Conseil du 30 mars 2026
Texte officiel relatif à l'évolution de la surveillance des eaux de surface et souterraines, à l'intégration des microplastiques aux listes de vigilance et aux échéances de transposition. -
EUR-Lex – Décision déléguée (UE) 2024/1441
Méthodologie européenne harmonisée de mesure des microplastiques dans l'eau destinée à la consommation humaine : échantillonnage d'au moins 1 000 litres, plage de mesure de 20 µm à 5 mm et méthodes d'analyse. -
CNRS / CRBE – La majorité des microplastiques dans l'eau potable sont invisibles aux méthodologies actuelles
Présentation de l'étude française ayant analysé des particules jusqu'à 1 µm et observé que 98 % des microplastiques détectés dans les échantillons étudiés étaient inférieurs à 20 µm. -
Commission européenne – Water Framework Directive
Présentation de l'évolution de la réglementation européenne sur les polluants des eaux et de l'intégration, pour la première fois, des microplastiques dans ce cadre de surveillance.